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Poétiser le monde, les âmmes et les hommes

Rhin Tortu

Ils étaient là, tous, assis au bord du Rhin Tortu ou le Krimmeri comme on dit chez eux. Assis au bord de ce cours d’eau comme assis au bord de leur destin. Ils s’amusaient à lancer des cailloux et à les faire ricocher sur la surface de cette eau, où gisaient au fond des caddies, des pneus de voitures et quelques mobylettes calcinées, des Solex ou autres 103, rien que des signes ostentatoire de mode de notre vie.

Le temps vraiment s’écoulait trop vite et déjà il fallait rentrer à la maison sous peine de se faire tirer les oreilles.

C’était comme cela chez eux.

Ils préféraient le dehors au dedans, les amis à la famille, les cerises aux devoirs. Les jouets et jeux étaient leurs idoles et leurs dieux. Ils auraient aimé que la maison soit le prolongement de la rue. Ils pouvaient le rêver mais absolument pas le penser.

Il se souvient avec son frère, qu’il fallait qu’ils demandent la permission de sortir quand leurs amis osaient les chercher. Oser car il s’agissait là parfois d’une véritable expédition au risque de se voir jeter un oignon, une patate ou bien une bouteille gardée pour la consigne. A un tel point, qu’ils avaient trouvé l’astuce pour détourner ce mur invisible érigé au nom du sacro-saint principe de tranquillité privé. Il fallait que leurs amis jettent quelques petits cailloux sur la fenêtre de leur chambre, située au deuxième étage pour qu’on puisse deviner qu’ils les attendaient. Il n’y avait ni téléphone portable, ni de sms, d’internet et donc aucun réseau social. Ils n’auraient même pas imaginé qu’un jour cela puisse exister et que l’on soit sous leur emprise et domination.

Que de souvenirs. Aucune animosité, aucun désir ou soif de vengeance. Juste des souvenirs partagés, ceux d’un regard d’enfant à qui l’on disait qu’il était libre dans une dictature d’adultes. Un enfant qui a fini par se cacher.

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