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Poétiser le monde, les âmmes et les hommes

Rue des Aveugles

A proximité de là où il œuvre quotidiennement à transmettre sa vision du monde, il marque un soudain arrêt à la rue des Aveugles. Chemin prémonitoire ou inspiration cosmique, il a le sentiment de retrouver une part de sa vue. Non pas qu’il fut plongé dans l’obscurité. Bien au contraire, c’est l’excès de lumière qui l’aveuglait. Là, dans cette petite rue, il retrouve le goût amer de la nuance.

Qu’il est difficile, brutal, violent, insupportable, féroce, cruel et même mortifère de lire, de voir, d’entendre et de ressentir qu’il n’est en réalité, ni unique, ni singulier, ni particulier, ni extraordinaire, ni exceptionnel, ni spécial et ni même différent.

À lire leurs écrits et à entendre leurs paroles, il ne serait qu’une statistique dans une étude, un chiffre dans le grand livre comptable, un matricule dans les registres des naissances, une date dans celui des décès, une donnée anonymisée dans leurs bases alphanumériques. Une sorte de probabilité tellement banale dans une équation toute aussi banale. Un accident de l’histoire enfoui profondément dans vos annales.

Peut-être et c’est une interrogation légitime, qu’au fond, il n’est que le miroir mal poli, la psyché déséquilibrée de leur propre réalité, sans aucun filtre, sans aucune condition et sans aucune complaisance. Du brut pour de la lumière brute.

En vérité, ou en tout cas dans celle qu’il fait sienne, le fondamental, le vital, l’essentiel n’est ni de savoir si nous sommes uniques, ni de rechercher à l’être. En réalité et dans la Réalité, nous le sommes. Nous le sommes à plusieurs égards. De par nos sens. Ce qu’il ressent, lui est propre et il n’y a que lui qui peut le ressentir. Tout le reste n’est que compassion ou compréhension mais aucunement de l’expérience. De par la perception de son existence propre, il est une conscience fragile mêlée à une profonde inconscience.

Nul être, vivant sur terre, ne peut prétendre, sans invitation, connaitre ce qui l’habite ou ce qui le hante. Même le viol d’une âmme, la profanation de son intime ou le vol par effraction de ses confidences ne peuvent leur conférer le privilège de le connaitre.

Unique, puisque seul, de la tombe au trône, il viendrait lui et ses ombres, témoigner, de Son Ammour, celui-là même qui unit l’unique à l’Unicité.

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