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Poétiser le monde, les âmmes et les hommes

Horloge astronomique

Chef d’œuvre de la Renaissance, il a fait connaissance avec cette Horloge dès son jeune âge. Quand avec son école, il alla visiter la Cathédrale de Strasbourg. Edifice religieux, devenu au fil des siècles patrimoine universel, « prodige du gigantesque et du délicat » comme l’écrivit Victor Hugo. Il se remémore d’avoir contribué, plus tard, modestement mais avec honneur et privilèges, aux célébrations de son millénaire.

Cette Horloge, fruit d’une collaboration d’horlogers, de sculpteurs, de peintres et de créateurs d’automates, indique l’heure, les calendriers civil et religieux et des données astronomiques. Des données, non pour mesurer le temps et l’espace, mais pour se rappeler de notre caractère fragile et éphémère.

Remontée tous les lundis, elle produisait sur lui un effet hypnotique. L’émotion la plus palpable, sous forme de larmes, entremêlées au sourire, était son exaltation devant cette marque du génie, non pas de l’homme, mais de son âmme. Libéré de ses passions et de ses attachements, le tutoiement du Ciel devient son seul horizon.

Dorénavant, les secondes et les minutes qui s’écoulent, ne sont plus les signes du temps qui le séparent du monde mais les témoins de ce qui le rapproche de Dieu.

6h50, lever du Soleil, lever de la vie. Il range ses rêves et se met sur son visage, le sourire et la bienveillance, comme pour se rappeler du caractère miraculeux et quotidien des battements de cils et des battements de cœur.

7h04, il invoque, non par nécessité ou par obligation. Non par ostentation ou recherche de récompense. Il invoque à ce que l’ammour se fasse paix et que la paix soit le métronome de la journée qui débute.

8h30, comme un rituel, il prend son café noir, spectre du trou noir duquel il s’échappe chaque matin et de sa bouche, le parfum exquis et intense du désir d’humanité. Il ne peut s’empêcher de s’émerveiller devant la diversité des visages dans les transports en commun, chacun et chacune, à la fois si singulier et si ressemblant. La vue de chaque visage, est une invocation. Les yeux, les narines, les bouches, les bras, les jambes, autant de grains sur son chapelet.

9h02, premier message envoyé pour se rappeler que la spiritualité qui se fait culture, n’est ni accessoire, ni périphérique. Elle est aux hommes ce qu’une montagne est au monde, le point le plus haut qui rapproche du Ciel et qui permet de voir le monde, non pas de haut, mais avec ses nuances et ses détails.

11h00. Il fait une pause. Non comme un moment de détente ou une échappatoire. Cet arrêt, dans le mouvement frénétique de la vie est pour lui ce pas de côté. Celui qu’on fait, non pas pour juger ou pour fuir mais celui pour se voir. Celui qui rend si fragile et finalement si humain.

13h43. Soleil au Zénith, à mi-chemin entre ce qui est passé et ce qu’il reste à venir. Se pardonner de ce qui fût et sourire à ce qu’il va advenir. N’est-ce pas là une définition simple de l’harmonie ? Un équilibre subtil, instable et donc précieux qui fait que seul l’instant est un présent. Le reste, finalement nous n’en savons rien, puisque versé dans la coupe du néant, dans ce qui n’existe plus, dans ce qui n’existe pas.

16h31. Il griffonne quelques mots sur un papier. Quelques mots de poésie venus à lui comme l’orage qui s’abat sur cette plaine paisible d’ Alsace, terre de cultures, de saveurs où la nature est offerte chaque saison pour y être scrutée, écoutée et ressentie. Sur ce bout de papier, il a l’impression de jouer sa vie, d’y coucher ses entrailles, de renaitre à chaque syllabe.

19h01, il se dit que ces mots mériteraient d’être lus par ceux qui voient avec les mains. Il décide de les traduire en Braille. Nous ignorons souvent les privilèges, nombreux, avec lesquels nous vivons au quotidien. Notre manière d’agir ou de vivre avec besoin, nécessité, opportunisme, désir ou envie nous fait souvent oublier l’essentiel. Celui de vivre par gratitude et simplement dire merci. Merci, non pas ceux qu’on exprime machinalement comme forme de politesse mais celui qui est exprimé en toute conscience, en pleine conscience. Celui qu’on adresse sans rien attendre en retour. Ce merci-là contient le cosmos et l’humanité toute entière.

20h54. L’heure de l’appel à la prière. Le coucher du Soleil arrive. Point de passage entre lumière et obscurité, il sait qu’il a pu défendre sa vision du monde, avec parfois maladresses et excès, mais toujours dans l’esprit de la concorde et de l’unité. Il sait qu’il a donné quelques fragments de son âmme, à travers un mot, un geste et même un silence. Il sait que cette journée fut une belle journée. Belle simplement car succession de battements de cils et de battements de cœur. Avant de rejoindre son chapelet, il souhaite une belle nuit à ses filles, un souhait formulé comme le premier et le dernier de l’existence.

00h11. Nuit noire commence pour lui. Avant de mourir pour se réveiller demain, il sourit au vide, ce vide occupé par tant de présences. Présence des âmmes bien aimées, présence des cœurs déchirés, présence des visages observés, présence des mots écrits et des silences récités. Présences comme un présent offert à Lui dont l’ammour le garde à mi-chemin entre l’état de brute et l’état de dieu. Il souhaite une belle nuit aux mondes et va rejoindre son origine.

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