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Poétiser le monde, les âmmes et les hommes

Place des tripiers

Il passe régulièrement par cette place au centre-ville de Strasbourg. Une place pittoresque qui fait partie des circuits touristiques. Une ville se découvre aussi pour ses propres habitants, les natifs comme les adoptés. Né et ayant grandi à Strasbourg, il garde néanmoins le goût de découvrir ou redécouvrir sa ville à chaque ruelle, à chaque place, à chaque détour.

Sur cette place, il n’y voit pas, comme le reste de monde, une référence aux métiers de la bouche, de la viande et des abats. Lui il y voit plutôt le carrefour de ceux et de celles qui aimment avec le cœur, avec leur foi, avec leurs tripes.

Cet ammour qu’on vit sans rien attendre en retour. Cet ammour qui fait de chaque échec, un jeu de victoire. Cet ammour qui transforme les salives en poussière d’or. Cet ammour, comme seule langue universelle où pour se parler il faut faire silence. Se taire pour effleurer le ciel.

Sur cette place, il imagine le sang versé, devenir ruisseau pour finir océan, là même où le cœur devient sanguin et sans perte. Il s’assoit à une terrasse de café et lève son vers à l’irrésistible ascension de l’âmme.

Chaque vers est un don de soi, un don de sens, un don de sang. Sanguin, sans perte, la poésie est une simple question de fluides, de veines et de cicatrices. Sanguin, sans perte. La poésie est juste le courage, non pas de changer sa vie, mais de dévoiler son être spirituel. Cet être, notre miroir et notre rencontre avec ce qui a toujours été et ce qui sera toujours après. Cette rencontre que seule l’invocation permet.

En apparence immobile, elle nous fait voyage, ramper, marcher, courir, voler et conduire au point culminant de ce que nous sommes fondamentalement. Ce point de rencontre est à la fois point d’arrivée et point de départ. Ni hors sol, ni hors ciel. Il est la connexion du tellurique et du céleste, de notre enfant à notre adulte, de nos idéaux à nos rêves, de notre âmme à notre corps, ce que nous montrons à ce que nous cachons.

Finalement, point de jonction et fusion entre notre horizontalité et notre verticalité, ce point où rentre et d’où sort la lumière.

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